Bonjour à tous !

Sans plus attendre, voici la suite du dernier article ! Je vous parlais la semaine dernière des personnages qui se révélaient d’eux-mêmes et des idées qui nous permettaient de dénouer un blocage dans notre roman, nous donnant encore plus envie d’avancer dans notre projet. Et pourtant, ces deux moments, aussi merveilleux soient-ils, sont loin d’être les seuls ; d’autres tout aussi intéressants nous montrent soudain pourquoi nous aimons tant écrire.

Les derniers moments que je vous ai partagé étaient liés à l’histoire même ou à ses personnages, mais il y a un moment particulier, lié à l’écriture même : quand  une phrase magnifique (ou dans mon langage : une phrase qui claque !) surgit de façon naturelle et spontanée. Je dois avouer que si je peux avoir une confiance aveugle en mes histoires, mes univers et mes personnages, mes plus grands doutes concernent mon écriture. Je n’ai jamais trouvé qu’en tant que telle, cette dernière valait quelque chose. Pendant longtemps cela a été une faiblesse qui m’a empêché d’écrire. J’avais la sensation que ce cela ne servait à rien, parce que je n’avais pas de style, parce que cela n’était pas particulièrement beau.

Cette période s’est étendue de mes dix ans à mes dix-sept ans. Je n’ai jamais été très confiante en mon écriture, jusqu’à ce que je lâche prise et que j’apprenne qu’un bon écrivain n’avait pas nécessairement les phrases les plus belles ; celles-ci pouvaient aussi être simples et servir le récit. Et pourtant, même si j’ai accepté de ne pas avoir une écriture à faire chavirer des cœurs, trouver une phrase magnifique en pleine écriture me fait sourire. Cela me renvoie à cette période où je n’avais pas assez confiance en moi pour écrire. Je me sens presque gênée et me demande parfois si ce n’est pas mon imagination qui me joue des tours (« peut-être que cette phrase n’est pas si belle finalement…»). Mais j’apprends à me faire confiance et à me dire que c’est quelque chose que je peux réussir. Aujourd’hui, je sais que c’est possible d’écrire une phrase surprenante, pleine de sens et de vérité avec peu de mots. Et quand cela m’arrive soudainement, je sens la confiance remontée.

Il y a les moments spontanés comme lorsque qu’une phrase surgit dans votre imagination, quand votre personnage se dévoile ou quand une idée jaillit pour vous sauver, mais il y a aussi ces moments que l’on attend au tournant. Je veux parler des meilleures scènes de nos romans. Cela n’arrive peut-être pas à ceux qui ne font pas de plan, sauf si vous avez une idée à propos d’une scène qui se déroulera bien plus tard dans votre roman. Peu importe. Il y a ces scènes qui s’annoncent à l’avance comme étant les meilleures de votre histoire. C’est le moment où un personnage fait une révélation, où jaillissent soudainement des ennemis et mettent en danger vos personnages. C’est le moment où un personnage important meurt ou bien encore quand un autre personnage fait sa grande entrée.

C’est le moment, celui que l’on ne veut rater pour rien au monde et que l’on attend depuis des chapitres entiers. Cela peut tout à fait se révéler une déception à l’écriture, parce qu’on peut aussi se mettre tellement de pression que cela va nous bloquer d’entrée de jeu, mais si ça ne bloque pas, alors c’est encore mieux que ce que l’on attendait. Ces instants d’écriture, je les chéris plus que tout et ils restent parfois une raison efficace de progresser ; je sais que si j’ai du mal à écrire, mais que je me rapproche à grands pas d’une scène importante, alors je trouve la force de me dépasser pour l’atteindre. Généralement, j’aime tellement ces scènes que je ne peux m’empêcher de les vivre et de les revivre des dizaines de fois dans mon imagination. Et plus je les imagine, plus j’ai de détails et des informations sur cette scène, si bien que lorsque c’est enfin le moment tant attendu, je me lance dans l’écriture et vis le moment intensément… Ce qui m’amène au dernier point.

Oublier le monde. Quand l’écriture procure les mêmes sensations qu’une lecture qui nous immerge dans l’imaginaire. Plus je travaille sur mes romans, plus les années passent et plus il m’est facile de plonger dans un univers et d’oublier ce qui m’entourent. Quand l’écriture devient autre chose qu’une action (taper des mots sur un clavier, réfléchir un instant à la suite), mais qu’elle se vit. C’est quelque chose d’intense, comme une invitation au voyage à portée de main. On ne se souvient même pas que l’on écrit, on ne se voit pas taper sur le clavier, on ne voit plus l’écran d’ordinateur, ni même les mots qui s’affichent, on n’entend plus les bruits autour de soi et le temps semble se suspendre rien que pour nous.


Que dire de ces instants si ce n’est que chaque personne au monde devrait l’avoir vécu au moins une fois. Pour être honnête, je trouve cela encore plus intense lorsque c’est notre propre écriture qui nous emmène loin et non pas l’écriture d’un autre. Dans un livre, il peut être facile de voyager et de se laisser porter, c’est un lâcher prise sur notre monde et on laisse les commandes à l’auteur. C’est comme une expiration, on s’abandonne à un nouvel univers.

Mais quand c’est nous qui écrivons, alors que la plupart du temps nous n’avons pas une grande confiance en nous, et que par la force des choses, par la passion qui nous anime et par le bonheur du moment, on se plonge dans notre histoire et on oublie tout… Cela ressemble davantage à une inspiration. Cela nous tire vers le haut, nous fait vivre des sensations incroyables. On ne s’abandonne pas dans ces cas-là, car on doit rester actif pour que l’écriture suivre notre imaginaire qui s’étend et prend plus de place. C’est une action, mais elle est tellement fluide et intense que cela peut s’apparenter à une fusion. Comme si l’espace d’instant, on ne faisait qu’un avec notre roman et que l’on pouvait continuer indéfiniment à écrire, parce qu’on a enfin compris comment transmettre ce que l’on a en tête. Et parfois on en vient à avoir peur de lâcher ce moment, parce qu’on a peur qu’il ne revienne plus jamais. Pourtant, c’est un cadeau d’écriture qui nous est offert à chaque occasion. Il n’en tient qu’à nous de nous laisser porter par cette vague.

Tous ces moments portent en eux une intensité rare. Ce sont des instants d’écriture parfaits. Pour moi, la perfection relève plus de la synchronicité* que de l’absence d’imperfections. Ces moments d’écriture viennent à point nommé, quand on en a le plus besoin. Parfois, lorsqu’on les a déjà vécus, mais qu’on se trouve dans une période de blocage, on peut en venir à les désirer plus que tout, parce que ça serait comme une confirmation de notre écriture, comme un message nous indiquant que nous sommes bel et bien sur le bon chemin. Ce sont des moments privés, entre notre roman et nous, et ils nous redonnent confiance. Ce n’est pas l’avis élogieux d’une personne, ni même son intérêt qui vont nous pousser à vouloir écrire plus encore et à terminer notre projet. C’est notre propre écriture, notre propre fusion avec notre roman qui nous permet de voir que l’on est capable d’écrire et d’aller jusqu’au bout.

L’écriture nous fait vivre des émotions, les plus belles comme les plus douloureuses. Et pourtant, rien que pour ces moments que je vous ai cités, je veux bien revivre un millier de fois les doutes, les peurs, les blocages et le désespoir, parce que quelque-part le souvenir de ces merveilleux moments me fait comprendre que je suis capable, que je suis faite pour ça. L’un de mes derniers articles décrivait les exigences de notre roman, mais je suis certaine qu’il nous offre ces moments en retour de tout ce qu’on lui apporte.

Bonne journée à vous !

Bannière Caroline Dubois


{Images : Snappa}
*La synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Source

2 commentaires sur « Ce que j’aime vivre lors de l’écriture | Partie 2 »

  1. Ahhh comme je te rejoins sur les « phrases magiques ». Moi aussi je doute souvent de mon écriture et de sa capacité à séduire un lecteur. Puis quand j’arrive à formuler des phrases magnifiques comme tu dis, c’est une grande fierté. Ça me réconcilie avec ma décision de persévérer dans l’écriture.
    Et puis clairement l’écriture et la lecture me font voyager. J’oublie pendant quelques heures le monde et je m’enferme dans ma bulle magique, et ça, c’est le bonheur 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Il faut de ces moments-là pour tous ceux qui doutent, ça redonne tellement confiance !

    Je suis bien d’accord avec toi ! La lecture et l’écriture nous permettent vraiment de vivre quelque chose d’unique !

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