Bonjour à tous !

Créer une langue est loin d’être aussi inaccessible qu’on le pense. Et si aujourd’hui, je ne suis toujours pas une experte en linguistique, j’ai fait du chemin depuis mes débuts. J’ai expérimenté des façons de faire différentes, j’ai lu beaucoup d’articles et fait des recherches pour réussir à créer quelque chose de logique, quelque chose de crédible. Comme dans tous les autres articles Création, je ne donne pas le plan à suivre, tout ce que je vous propose n’est qu’une succession d’outils qui me sont utiles aujourd’hui pour créer une langue. Et puisque je travaille sur plusieurs langues différentes pour mes romans des Enfants de l’Univers, j’ai pu voir ce qui était essentiel. Et donc, je vais vous partager tout ça !


Création

Avant de vous partager mes astuces, je dois vous parler un petit peu de mon parcours. La première langue que j’ai créée est l’eiraN et pendant des années j’ai cru que ce serait la seule, vu la quantité de travail qu’il me restait à accomplir. C’était mon rêve depuis que j’ai tout simplement découvert les langues de Tolkien et au départ, je n’osais même pas me lancer parce que je n’avais pas son savoir, ni même son expérience. Pour moi, c’était tout simplement impossible et j’avais très peur de me ridiculiser. Jusqu’au jour où je me suis dit que je n’étais pas obligée de montrer cette langue, ni même de l’inclure dans mon roman si je ne voulais pas, mais qu’il serait bien trop dommage de ne pas essayer. Et donc, je me suis mise au travail.

Autant le dire tout de suite, mes débuts étaient plutôt moches. Les mots que j’inventais n’avaient aucun lien entre eux, je pouvais tout aussi bien dire « glidux » que ça aurait pu rentrer dans le vocabulaire de mon monde. Enfin… peut-être pas non plus ! ^^ La vérité, c’est que je ne faisais attention à rien, je ne faisais qu’inventer au fur et à mesure, traduire mot à mot. Il n’y avait pas d’âme, ni de sens à ma langue. Cela a duré un peu plus de deux ans il me semble avant que je ne reprenne tout depuis le début, cette fois-ci en ayant la révélation de ne pas me servir du français pour la base, mais du latin. Le latin étant lui-même la base de notre langue, en me plongeant dans sa construction, j’ai réussi à mieux saisir comment une langue fonctionne et comment elle doit être créée. Je découvrais les liens entre les mots, je découvrais ce qui m’était utile et ce qui ne l’était pas, et au fur et à mesure, ma langue avait déjà plus de sens. J’ai eu une deuxième révélation avant que ma langue ne devienne celle qu’elle est aujourd’hui, ce qui m’a permis de lui apporter encore plus de détail et de sens grâce aux préfixes et aux suffixes.

Toujours est-il qu’après cela, je pensais encore qu’elle serait la seule. Ma langue sera à jamais inachevée puisque la charge de travail qu’elle représente me demanderait une vie entière à lui consacrer. Mais ce que j’ai réussi à faire, c’est créer une base assez solide pour me permettre de reprendre le travail quand je veux et de pouvoir créer un mot au besoin sans déstructurer ma langue en entier. Alors, c’est cela que je vais vous proposer aujourd’hui, des outils pour créer une base assez solide pour la langue que vous souhaitez inventer.

Cette base, je l’ai utilisée pour deux autres langues, le saharsin et le serendien ; et grâce à tout ce que j’ai pu apprendre, j’ai mis beaucoup moins de temps à les créer. En saisissant le sens d’une langue, je comprends ce qui est utile et je vais directement à l’essentiel.

Une langue

Premier conseil : La prononciation

C’est ce par quoi j’ai commencé, même lorsque ma langue ne ressemblait à rien. Un mot germanique n’a pas la même sonorité qu’un mot chinois, pas plus qu’un mot arabe. La prononciation est la première étape et celle qui peut vous aiguiller à travers la création de votre langue. Et pour ça, vous allez devoir faire un truc un peu ridicule : parler dans le vide. Testez les sonorités, inspirez-vous des autres langues, parlez n’importe comment jusqu’à trouver un mot qui vous plaise et qui définisse le genre de votre langue. Les mots que vous dites au hasard ne vous serviront peut-être pas à l’avenir, mais au moins ils vous permettront de saisir la sonorité, ce que vous voulez pour votre langue. L’une de mes astuces est d’enlever quelques lettres à notre alphabet, et dès que c’est chose faite, la sonorité est directement changée et étrangère. Pour le serendien et le saharsin, des lettres manquent, pas les mêmes, et cela les distingue automatiquement l’une de l’autre.

Par la suite, vous pouvez dresser une liste de syllabes qui vous permettront d’avoir sous les yeux les possibilités de votre langue, mais aussi les différentes associations possibles.

Exemple pour le Saharsin : za har osn nes ka kin san hen nè on ek nu al qen man tel tal cu ga he vah res gen los fin al sen raz ash mn ars ni nh

Deuxième conseil : L’écriture

Connaître la façon d’écrire de votre peuple sera une base importante pour votre langue. Nul besoin de créer l’écriture en tant que telle, mais la connaître simplement suffira. Votre peuple privilégie la précision ou bien le symbolisme des choses ? La précision vous permettra d’imaginer une écriture plutôt alphabétique, tandis que le symbolisme vous mènera davantage vers une écriture syllabaire ou constituée de hiéroglyphes.

Par exemple, si vous savez que votre culture privilégie le symbolisme, un mot aura plusieurs sens différents selon l’interprétation et la situation. Une écriture syllabaire offre un immense choix de création, car un symbole servira plusieurs fois et c’est par son association avec un autre symbole qu’un mot se formera. Ce ne sont que des exemples, car il existe encore de nombreux autres systèmes d’écriture : pictographique, idéographique, phonétique, alphabétique, logographique… Le sens de la lecture peut aussi rentrer en compte, tout comme l’époque de votre monde et leur évolution : est-ce qu’ils gravent sur la roche ou le bois, ou bien ont-ils déjà du papier ? Par exemple, si votre écriture se fait par la gravure, il y a de fortes chances que votre peuple ait une écriture faite de symboles ou de gros caractères et choisisse des phrases plus courtes pour communiquer, ce qui influencera leur langage.

Troisième conseil : Connaître son peuple et sa culture

La langue est l’empreinte même d’une culture, ne pas prêter attention à son peuple lorsque l’on crée une langue est déjà une première erreur. Pas besoin d’avoir une culture déjà complète et écrite. Je sais que le world building prend du temps et qu’il reste toujours quelques petits trous. Ce qu’il faut, c’est connaître l’essence même de votre peuple et connaître leur environnement. Dans une région plutôt venteuse, un peuple aura de nombreux noms différents pour le vent, tout comme ceux vivant dans une région enneigée auront des termes précis pour différentes intempéries. Avoir des termes de ce genre, en plus de rendre votre peuple ou votre culture plus authentique, vous permettra de mieux comprendre comment votre langue doit être créée. Un ami m’a dit un jour : certains peuples voient dans la cheminée de quoi se réchauffer, d’autres y voient le lieu dans lequel on cuisine. Qu’est-ce qui ressort de votre culture, qu’est-ce qui est important pour eux ? Une culture qui voit le feu comme un outil pour se réchauffer aura un terme qui se rapprochera du feu ou de la chaleur, tandis que ceux qui voit là un espace pour se retrouver en famille, autour du pilier de la maison, appelleront ça le foyer.

Ce qu’il faut comprendre en créant une langue pour son roman, c’est qu’avoir des milliers de mots ne sera jamais ce qu’il y a de plus utile. J’ai pendant longtemps cru à tort que c’était par la quantité que ma langue serait crédible, alors que c’est par la qualité, par la précision qu’on trouve une logique, un sens à ce que l’on crée. Qu’est-ce qui est le plus important pour votre peuple ? Regardez à travers leurs yeux et cherchez à savoir comment vous communiqueriez si vous étiez dans leur peau, si vous aviez vécu dans leur culture.

Quatrième conseil : Commencer un dictionnaire / une liste de vocabulaire

Créer une liste de mots sera déjà une façon de ne pas vous perdre et de sauvegarder votre travail, mais aussi une façon de mieux observer la structure de votre langue. Une fois que vous connaissez la culture, l’écriture et la prononciation de votre langue, il est temps de commencer à créer des mots. Tenir une liste vous permettra de découvrir au fur et à mesure l’évolution de votre langue et pour cela, j’ai encore quelques conseils à vous donner.

Tableau

  • Faites attention au sens de chaque mot : Comme je vous le disais plus haut, au départ, je créais des mots au hasard. Peut-être que ce n’est qu’une erreur de jeunesse (j’avais 16 ans) et que cela ne vous viendrait pas à l’idée, mais c’est tout de même un point sur lequel il faut être vigilant. Ne faites pas du mot-à-mot, comprenez d’abord le mot avant de créer un équivalent dans votre langue. D’où vient-il ? Que signifie-t-il ? De cette façon, j’ai découvert des mots dans ma propre langue qui n’avaient en apparence rien à voir, alors qu’ils étaient liés par leur origine. De fait, si vous découvrez qu’un mot que vous cherchiez à traduire pour votre langue n’a pas le même sens que celui que vous vouliez lui donner, vous pouvez le créer de toutes pièces.
  • Vérifiez vos autres mots : Dans le même ordre d’idée, quand on commence à avoir une liste de vocabulaire importante, vous devrez sans cesse vérifier si vous n’avez pas déjà un mot qui pourrait vous servir pour en créer un nouveau, ou même un mot qui pourrait s’apparenter à celui-ci. S’ils sont apparentés, alors ils doivent se ressembler. Que vous n’utilisiez qu’une partie du mot, un suffixe ou le terme en entier, vous devez vous servir de ce que vous avez déjà sous la main pour la cohérence de votre langue. Pour éviter un drame, j’utilise un tableur Excel grâce auquel je peux trier par ordre alphabétique. Je peux toujours utiliser la zone de recherche pour voir si un mot n’existe pas déjà et l’utiliser si besoin est.
  • Notez les origines de votre mot vous sera de la plus grande utilité. Dans cette même liste/dictionnaire, notez la façon dont ils sont construits. (voir tableau ci-dessus). Préfixes, suffixes et autres termes desquels ils tirent leur origine, plus vous prendrez de notes dans le processus de création de vos mots, plus vous éviterez le moment où vous rendez compte que vous avez oublié un mot qui tirait la même origine que celui que vous êtes en train de créer. Croyez-le, pour avoir vécu des moments où je devais retravailler des dizaines de mots (alors que j’y avais passé des heures), ça sauve la vie.

Cinquième conseil : Oublier votre langue natale

S’il faut vous aider de la structure des langues existantes, sortez la tête du français sera la meilleure façon pour vous de comprendre la diversité des langues et des possibilités. Nous sommes habitués à nos mots, à notre alphabet, à notre culture et de fait, nous manquons des tas d’idées et d’astuces pour enrichir notre propre langue. Je dirais même, évitez au possible les langues actuelles qui sont remplies de mots dont vous n’avez pas besoin. Nous avons des langues qui sont enrichies par des siècles de cultures différentes. Revenez à l’essentiel. Enfin, prenez garde aux expressions bien de chez nous qui pourraient créer des anachronismes, votre personnage ne peut « aller bon train » s’il n’y a pas de gare dans votre monde. Soit vous utilisez une autre expression, soit vous devez inventer quelque chose. Ce sont dans les petits détails que se cachent les incohérences.

Sixième conseil : Conjugaison / Grammaire

Dans la même direction que le conseil précédent, il est important de découvrir les autres structures des langues, mais cette fois-ci par rapport à leur grammaire et leur conjugaison. Il faut prêter attention à l’ordre des mots dans vos phrases ; qu’est-ce qui est essentiel pour votre peuple ? Le plus important pour eux a plus de chance de se trouver en début de phrase qu’à la fin. De même que les pluriels n’ont pas à être marqués par un S. Enfin, la conjugaison. Votre peuple a-t-il besoin d’autant de temps de conjugaisons pour leur langue ? Pour ce conseil-là, difficile de vous donner toutes les pistes, mais je vous invite vraiment à vous renseigner sur les autres grammaires et conjugaisons du monde pour vous ouvrir à autre chose et aussi vous permettre de trouver une base plus simple. Le plus simple votre langue sera, le plus vous irez loin. C’est déjà assez compliqué comme ça !

Septième conseil : Création de mots exclusifs à votre monde

Avoir une langue entière est une façon comme une autre de créer une singularité de plus à notre monde, mais quand est-il des rois, reines, marchands et autres chevaliers ? Ces termes que l’on retrouve beaucoup en Fantasy (dans le cas de la SF ou du Space Opera, on peut dire Président, Général, etc.) et pourtant on peut faire autrement. Au lieu d’avoir un mot qui serait traduit par Prince, par exemple, vous pouvez créer un rôle unique qui aurait des similitudes (fils d’un dirigeant) sans pour autant faire de lui un prince. Ce conseil se rapproche de plus en plus de la création même de votre monde, mais cela fait aussi partie de votre langue. Par exemple, dans La Nuit de l’Humanité, le plus haut dirigeant est nommé Emisahar. Emi veut dire haut et sahar vient du nom du pays. De cette façon, on ne parlera pas du roi ou de l’empereur de ce monde, mais de l’Emisahar. Et cela donne immédiatement une ambiance particulière.

Le petit plus : Détourner notre propre langue

Cela ne concerne pas à proprement dit la langue que vous créez, mais plutôt le vocabulaire courant de votre peuple. Plutôt que de créer trop de mots et de noyer votre lecteur, vous pouvez aussi, avec nos mots, créer quelque chose d’utile et d’unique, comme le fait Brandon Sanderson dans les Archives de Roshar. Dans son texte, le peuple parle de Sombre-iris, Pâle-iris ou s’adresse à un noble en l’appelant Clarissime… Si ces termes sont propres à son monde et à la culture qu’il a voulu créer, ces mots qui dans leur association/construction nous sont inconnus n’en restent pas moins originaires de notre langue (traduction de Mélanie Fazi). Créer une langue, oui, mais utiliser la richesse de notre vocabulaire en plus de cela, c’est encore mieux !


Il existe de nombreuses façons de jouer avec notre vocabulaire, de créer des mots uniques et d’enrichir la langue que nous souhaitons inventer. Ne vous limitez pas, faites des recherches, étudiez à votre échelle les autres langues et observez comment celles-ci se créent, comment elles changent. Tout ce que j’aurais à ajouter maintenant, c’est de croire en vous. Écrire une langue, c’est possible. Cela prend du temps, parfois vous arracherez les cheveux, vous allez passer du temps dans les dicos et dans les étymologies. Parfois vous ferez des erreurs qui vous demanderont de retravailler une grande partie de votre langue. Au même titre qu’un roman, créer une langue demande de la patience et de croire en ce que l’on fait.

Je ne peux vous dire le nombre de fois où j’ai voulu jeter l’éponge et pourtant aujourd’hui, si le chemin a été long, je suis fière des langues que je crée et je sais qu’il y en aura encore beaucoup d’autres, et que les prochaines m’apprendront encore plus de choses. Lorsqu’on est de simples écrivains avec de grands rêves, on ne doit pas se gâcher le plaisir en se disant que la création d’une langue nous rendrait ridicules parce qu’on n’a pas le savoir nécessaire. Oui, il y aura des failles, oui, il y aura des erreurs, mais tant que vous serez passionnés et patients, vous serez loin d’être ridicules.

Au contraire, vous aurez de quoi être fier de vous !

Je vous souhaite une bonne journée !

Bannière Caroline Dubois

{Image : Canva}

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4 commentaires sur « Création | Une langue »

  1. Merci pour tes conseils. C’est intéressant de voir d’autres façons de faire 🙂
    Juste un petit truc : « Enfin, prenez garde aux expressions bien de chez nous qui pourraient créer des analogismes, votre personnage ne peut « aller bon train » s’il n’y a pas de gare dans votre monde. » Est-ce que tu voulais plutôt dire « anachronismes » au lieu d’analogismes ?

    Aimé par 1 personne

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