Un lien unique

Bonjour à tous !

Au fil de mes réflexions, il m’arrive toujours de tourner autour de l’écriture, de tenter de comprendre ce lien qui nous unit à elle, pourquoi est-ce à la fois si compliqué et si facile ? Il faut dire que l’écriture nous plonge dans un paradoxe digne des voyages dans le temps. Nous avons envie d’écrire, mais en fait, pas vraiment. Nous aimons notre histoire, mais on a parfois du mal avec elle. Nous avons très envie de partager nos romans, mais on voudrait les garder cachés dans un tiroir à jamais. C’est le paradoxe de l’écrivain et je ne suis pas sûre qu’on parvienne à le comprendre réellement un jour.

Et pourtant, il m’est venu une idée qui m’a permis de mettre le doigt sur quelque chose. Nous ne nous donnerions pas la peine d’écrire une histoire qui ne nous plait pas. C’est déjà bien assez difficile comme cela de trouver du temps, l’envie, l’inspiration, les mots… Alors écrire une histoire qui ne nous emballe pas serait une perte de temps et de créativité. Autant travailler sur un roman qui nous passionne, qui nous fait rêver le jour et nous empêche de dormir la nuit. Mais cela va au-delà de la simple sympathie envers une histoire, car en vérité, au fond de nous, ce n’est pas un livre auquel nous donnerions 4 étoiles sur 5. Non, c’est notre livre coup de cœur.

couverture

Nous savons tous que « coup de cœur » ne veut pas dire « parfait ». Nous avons tous déjà lu un livre sans savoir pourquoi il nous emballait tant alors que nous étions conscients de ses défauts, même minimes. C’est un coup de cœur qui ne s’explique pas. Nous avons eu un jour un coup de foudre pour notre roman et cet amour ne fait que grandir. La relation est compliquée, certes, mais on finit toujours par avancer un petit peu à chaque fois.

Je trouve cela déjà génial. Nous avons la chance, une chance unique d’écrire nos propres coups de cœur. N’est-ce pas incroyable ? Nous pourrions en faire une étagère, leur vouer un culte s’il le faut, mais ce sont nos romans, nos histoires qui nous font rêver. Et nous avons la chance de pouvoir les écrire. Alors oui, écrite ou non, l’histoire restera dans notre tête et nous en profiterions quand même. Et pourtant, je crois qu’écrit, ce coup de cœur aurait une saveur toute particulière. Nous le savons, vous et moi.

Toujours est-il que, si avoir la chance d’écrire ses propres coups de cœur est quelque chose de génial, cela ne nous empêche pas de bloquer. On peut être passionné par son histoire, par ses personnages et son monde, cela ne nous pousse pas tous les jours à la terminer coûte que coûte. Même quand il ne s’agit pas d’un mauvais jour où nous avons l’impression que notre roman ne vaut rien, écrire un roman est une aventure à elle seule.

Mais la vérité, c’est que c’est notre coup de cœur. Et c’est paralysant. Oui, on vient renforcer un peu plus le paradoxe. Notre histoire coup de cœur nous donnerait autant un coup de pouce qu’un crochet du droit. Et vous voulez savoir quelque chose ? Aucun auteur parmi vos préférés ne savait que l’histoire qu’il écrivait serait votre coup de cœur. C’était le leur, à n’en pas douter, et ils ont fait de leur mieux pour l’écrire. Mais il ne savait pas que ce serait également le vôtre, le mien ou celui de quelqu’un à l’autre bout du monde. Et de notre côté lecteur, c’est plus que facile de dire que les auteurs ont tout réussi, alors qu’ils ont tout simplement écrit. Mais ils étaient tout autant paralysés par leur propre coup de cœur.

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Nous, nous en sommes encore au moment où l’écriture n’est pas terminée ou bien où notre histoire n’est pas encore publiée, et nous pensons encore que cela ne mènera à rien. Nous sommes paralysés, parce que c’est notre coup de cœur et que nous sommes les seuls responsables de sa naissance. Pour tous ces autres coups de cœur qui nous ont donné des ailes, fait comprendre la vie, nous ont donné l’impression de nous connaître mieux, nous n’avons rien eu d’autre à faire que lire, que découvrir une histoire. Et le coup de cœur nous est tombé dessus. Ce coup de foudre est arrivé dans notre vie une fois le roman terminé ! À quel point c’est facile dans ce sens-là ?! Mais en tant qu’écrivain, nous avons le coup de cœur avant que le roman soit écrit. Nous savons tout le bien que cette histoire et ses personnages apporte dans notre vie, mais cela n’en reste pas moins toujours figé dans notre tête. Pour tous les autres coups de cœur du monde, nous n’avions aucune responsabilité. C’était un cadeau bien emballé. Sauf que cette fois-ci, c’est à nous de le préparer et de l’emballer. Pour nous et pour les autres.

Alors, c’est plus que normal d’être effrayé ! C’est plus que normal d’en arriver à créer un paradoxe qui n’a pas de sens. Vous pouvez bien avoir envie d’écrire puis la seconde d’après, avoir envie de vous cacher sous la couverture. C’est votre coup de cœur ! Quand nous sommes écrivains, la confiance n’est pas souvent au rendez-vous, mais imaginez la responsabilité que vous avez d’écrire le roman le plus important de votre vie. Et vous savez, en plus de cela, que ce roman ne viendra jamais au monde s’il ne passe pas par vous.

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Que faire ? Maintenant que j’ai bien exposé un autre problème que nous n’avions pas encore sous les yeux (merci Caroline !). Eh bien, si même en ayant conscience des défauts de votre histoire dans votre imaginaire, même en sachant qu’elle est loin d’être parfaite, vous l’aimez quand même du plus profond de votre cœur, pourquoi est-ce que cela changerait sur le papier ? Pourquoi si des défauts partaient et d’autres arrivaient, cela changerait quoi que ce soit à l’amour que vous lui portez, à la valeur qu’elle a à vos yeux ? Si vous savez que c’est votre coup de cœur, que c’est l’histoire que vous aimeriez lire, alors pourquoi est-ce que, même avec ses défauts, vous ne pourriez pas l’aimer telle qu’elle est ?

Je ne sais pas si vous allez comprendre cela de la même façon que je le comprends en ce moment même. Parce que je ne sais pas si je pourrais détester mon Aïa, dans la Voix d’Origine, même si on lui trouvait tous les défauts du monde. Parce qu’elle a vécu dans mon imaginaire, qu’elle fait partie de ma vie et que je l’aime malgré tout. On pourrait bien dire ce qu’on veut du Pacte du Magicien, cela n’enlèvera pas mon sourire en pensant à certaines scènes ou bien au caractère infernal de Madame Silure. Et même si mes romans pouvaient être les plus nuls au monde, cela n’enlèvera jamais la valeur qu’ils ont à mes yeux, au fond de moi.

Cela ne veut pas dire que ça ne ferait pas mal, si on en venait à me lister les défauts. Cela ne veut pas dire que je n’aurais pas l’impression d’échouer… Mais, vous voyez les coups de cœur, ceux que nous n’avons pas écrits ? Certaines personnes ne les aiment pas quand même. J’ai même fait l’expérience deux fois avec ma sœur, puisque deux romans qui me sont les plus chers n’ont pas réussi à la captiver, au point qu’elle a abandonné leur lecture. Et pourtant, je les aime toujours, d’une manière si intense que parfois ça me dépasse. Alors, pourquoi serait-ce différent avec mes propres romans ? Je dirais même : pourquoi ce lien ne serait-il pas encore plus fort ?

Savoir que mes romans sont mes coups de cœur me donne une force que je n’avais pas encore trouvée en moi. Parce que si je réussis, à chaque fois que le doute me prend par surprise, à me reconnecter à l’amour profond et sincère que je porte à mes histoires et mes personnages, à mes propres coups de cœur, alors je crois que j’ai le courage d’écrire ces histoires. Je crois que je trouve la force en moi de les terminer, en sachant qu’elles ne seront pas parfaites. Même en sachant qu’elles ont des défauts.

Car peu importent ce qu’elles doivent devenir, je sais que je les aimerai telles qu’elles sont, quoi qu’il arrive. Et c’est le plus important.

Caroline


Je souhaitais terminer par une citation qui m’inspire beaucoup et qui complète parfaitement mon propos. S’il n’est pas question de la trahison d’un livre, penser à ses défauts, aussi importants soient-ils. Est-ce que cela fait une grande différence ?

« Clara :You’re going to help me ?
12th : Well, why wouldn’t I help you ?
Clara : Because what I just did. I–
12th : You betrayed me. You betrayed my trust, you betrayed our friendship, you betrayed everything I ever stood for. You let me down !
Clara : Then why are you helping me ?
12th : Why ? Do you think I care for you so little that betraying me would make a difference ? »

Doctor Who, Saison 8


Photos : 1, 2 & 3 sur Unsplash

Parlez-moi d’amour…

Bonjour à tous !

Je n’avais pas prévu que ces nouvelles partagées en décembre 2017 me pousseraient à vous écrire un article. C’est bien après avoir écrit et partagé ces histoires que je me suis rendu compte de quoi elles parlaient vraiment. Il existe bien plus de formes d’amour que nous pourrions le concevoir. Lorsque nous parlons d’amour, nous pensons bien souvent à un couple heureux. Et pourtant, leur amour est loin d’être le seul, loin d’être l’unique puissance qui transcende une vie. Ce mois de décembre, à travers ces revisites, j’ai fini par comprendre que j’allais un peu plus loin. Au-delà d’ajouter mon propre regard sur ces histoires connues et reconnues, je parlais de l’amour, mais pas d’une de ses formes, mais de plusieurs d’entre elles.

Dans un roman, quel qu’il soit, il me semble que nous devrions parler d’amour. À tort, on pense trop souvent qu’un roman avec une histoire d’amour est une romance et nous racontera la rencontre, la vie ou les difficultés de deux personnes en couple (ou d’un triangle amoureux, ou même d’un rectangle, ça dépend de votre attachement à la géométrie !). Mais parler d’amour va au-delà de ça. Votre roman ne sera pas niais si vous croyez en ce que vous racontez.

Tout d’abord, je me dois de vous prévenir que cet article contiendra quelques spoilers sur mes nouvelles, donc si vous voulez les lire avant, garder l’article sous le coude ! Je commencerais donc avec Cendres, qui au début de l’histoire décrit l’amour porté aux enfants. Qu’ils soient les siens, qu’ils soient adoptés, que ce soit un neveu ou l’enfant d’un ami, l’amour que l’on peut porter à un enfant est tout aussi grande que ses autres formes. La force protectrice qui nous inonde en pensant à eux, le besoin de les aider à bien grandir… L’amour pour un enfant apporte de nombreuses situations dans un roman, il emporte avec lui un flot d’émotions toutes intéressantes à explorer. Mais dans cette nouvelle, j’évoque aussi une autre forme d’amour qui nous échappe et qui ne nous vient pas souvent à l’esprit.

Cendres, elle, subit une situation terrible pour être avec ses enfants, pour les protéger. Elle est prête à tout pour eux, pour qu’ils soient heureux et sereins. Et pourtant, dans cette nouvelle, on voit bien qu’il manque un élément encore plus important pour qu’elle puisse les sauver réellement. Par amour pour ses enfants, si elle s’en savait capable, Cendres aurait déjà fait ses bagages et serait partie avec eux. Mais il lui manquait un sentiment important qui n’est apparu que plus tard : l’amour de soi. Cendres est une femme battue et ce qu’elle a vécu pendant des années a créé une absence en elle. Un manque d’estime de soi, mais aussi d’amour. Que ce soit une femme, un enfant, que ce soit à la maison ou à l’école, au travail, quelqu’un qui est rabaissé par des coups, par des mots perd peu à peu ce qui le construit. Il y a une vraie perte de personnalité et de confiance en soi, mais aussi de confiance en la vie.

Dans cette nouvelle, Cendres ne pense pas avoir les capacités nécessaires pour sauver ses enfants, alors elle subit les coups à leur place. Elle se sent responsable de ce qui arrive, de son incapacité et pense d’une certaine façon mériter ces traitements, parce qu’elle ne vaut rien. Alors, parler de l’amour que l’on porte à soi-même est tout aussi important que l’amour que l’on porte aux autres. La situation que j’ai utilisée dans cette nouvelle est loin d’être la seule pouvant expliquer ce manque d’amour qui peut être à lui-même une quête dans un roman. Et les situations n’ont pas besoin d’être dramatique. Parler de l’amour que l’on se porte à soi est quelque chose d’universel, parce qu’il n’y a pas besoin d’avoir d’autres personnes pour le ressentir.

La seconde nouvelle du mois de décembre raconte l’histoire de Blanche-neige et l’amour abordé dans cette revisite est loin d’être celle du prince charmant, car ce personnage n’existe même pas dans ma nouvelle ! Il paraissait évident pour moi que je devais parler d’autre chose que la demoiselle en détresse sauvée par son prince, élément assez récurent dans les contes, car on connaît la chanson et que l’on peut aussi essayer une autre façon de voir les choses. À vrai dire, aucun homme ne sauve une femme dans ces revisites. Je n’ai rien contre eux, et j’utilise leur aide dans mes romans sans soucis, mais je voulais prendre le contre-pied des contes.

Le prince a donc disparu de cette revisite pour faire place à une sœur. Et l’une des images modernes que l’on peut avoir sur une revisite de contes abordant ce sujet (particulièrement populaire encore aujourd’hui), est celle de La Reine des Neiges. L’amour de deux sœurs y est très bien représenté et pourtant, lorsque j’ai pensé à la sœur de Blanche-neige, je n’ai pas pensé à ce Disney en particulier. Je pensais plutôt à la version de Blanche-Neige et Rose-Rouge des frères Grimm dans laquelle la sœur existe déjà.

J’ai alors voulu évoquer l’amour perdu de deux sœurs (des jumelles dans ma revisite). Comment un lien si fort peut s’éteindre ? Comment peut-il renaître ? C’est à ces questions que j’ai tenté de répondre en abordant l’amour fraternel. Je pense même que la situation se serait compliquée pour elles, même sans l’erreur de Blanche-neige, car selon leur père, une seule d’entre elles pouvait devenir reine. Et si la colère ou la jalousie qu’elles se seraient portées aurait été bien moins forte que dans ce cas-là, cela les aurait séparées un peu. Ici, nous avions des erreurs incompréhensibles à pardonner, des trahisons à effacer et surtout une jalousie envers l’autre à dépasser. Et cet amour perdu évoqué dans cette nouvelle ne peut renaître qu’en prenant conscience qu’une personne aimée est loin d’être pour toujours celle que l’on a connue au départ. Les personnes évoluent et l’amour qu’on leur porte doit s’étendre, se tendre vers l’autre et vers ces changements. Changements qui peuvent être positifs ou négatifs, mais qui existent quand même. Blanche-neige devait d’abord accepter que sa sœur puisse ne plus être celle qu’elle était avant, mais aussi accepter qu’elle puisse devenir quelqu’un d’autre encore pour l’aimer inconditionnellement et sans jugement. Un amour fraternel ou un amour perdu à retrouver sont deux formes de relations dont on peut parler et encore une fois les situations à imaginer sont infinies.

Rose. En voyant ce titre on est loin d’imaginer le genre d’amour qui existe derrière. L’histoire de la Belle et la Bête fait déjà bien son boulot en parlant de l’amour malgré l’apparence. Sans que ce soit mon idée de départ, j’ai fini par pousser le thème un peu plus loin en parlant de l’amour malgré les différences. Des différences qui ne sont quand même pas évidentes ! Un humain et une rose ? Et c’est pourtant ainsi que leur amour est né, sous cette forme. Et bien plus tard, sans ses souvenirs, Belle va à son tour éprouver un amour au-delà de l’apparence de la bête.

Lorsque je pense à cet amour, je ne peux m’empêcher de penser à un personnage dans Doctor Who qui exprime à lui seul cette idée : Jack Harness. C’est un personnage pansexuel, il aime à la fois les humains, les extraterrestres et même les robots ! C’est une idée inspirante pour n’importe quelle histoire et dans ma nouvelle, j’ai essayé de parler de ce genre d’amour particulier avec le plus de justesse possible. Mon histoire est loin d’être de la SF et pourtant ce thème fonctionne aussi en Fantasy et je pense encore qu’il n’y a pas besoin de genre pour exprimer cet amour universel. Pourquoi l’amour devrait se limiter à une personne comme soi (humaine) ? Aimer un objet, un animal, un arbre, une idée, un souvenir… Les idées sont nombreuses et la sincérité qui peut se dégager d’un tel amour peut apporter un plus à notre roman.

Peut-on réellement aimer une rose, une bête, s’aimer soi ou aimer malgré nos évolutions personnelles opposées ? L’amour peut s’écrire et se décrire de bien des façons différentes et dans cet article je voulais vous évoquer des possibilités, parmi tant d’autres. Ne nous limitons jamais pour parler d’amour, quel qu’il soit, car c’est une émotion importante, universelle et puissante. Une émotion qui nous porte et qui doit se raconter dans chacune de nos histoires.

Je vous souhaite une bonne journée !

Bannière Caroline Dubois

{Images : Snappa}