Les attentes des lecteurs

Bonjour à tous !

Voilà un petit moment que je n’ai pas publié d’articles et même si je pensais sincèrement vous écrire plus souvent, le Carnet de Notes n’est pas remonté non plus. On ne sait jamais comment les jours seront. Plus le temps passe et plus j’ai du mal à prévoir et à vous dire ce qu’il va se passer sur ce blog. C’est comme s’il devenait une extension de moi-même, de mon propre rythme et je préfère laisser les choses se faire pour vous proposer quelque chose qui vient du cœur. Comme maintenant.

Aujourd’hui, je vais vous parler des personnages. Si j’ai déjà écrit un article à ce sujet il y a quelques années, ce dont je vais vous parler ici n’a rien à voir. En fait, je vais apporter une vision plus précise du sujet en vous parlant un peu de ce que l’on attend des personnages à notre époque. Cet article sera à la fois écrit par la lectrice que je suis, mais aussi par l’écrivaine qui traverse une phase de doutes. Je n’ai jamais mieux su traverser un blocage qu’en écrivant. Vous parler de ce qui me travaille en ce moment me permettra d’éclaircir mon opinion, de me comprendre et de savoir comment je vais travailler mes personnages à l’avenir.

Je ne pense pas qu’on ait un jour eu des personnages beaucoup trop parfaits. Si l’on prend la littérature d’une autre époque, les critères étaient différents, mais les meilleurs personnages ont toujours été nuancés. Leurs qualités et leurs défauts leur ont apporté du relief. Un relief que nous attendons tous à notre époque, comme un gage de qualité. On désire lire des histoires sur des personnages qui peuvent nous ressembler, qui peuvent avoir peur, ne pas être parfait physiquement et qui peuvent avoir des doutes. On veut des personnages têtus, qui peuvent être en colère et qui parfois ont besoin de se laisser aller à la tristesse. En tant que lecteur, l’un de nos désirs les plus sincères est de découvrir des personnages imparfaits, auxquels on puisse s’identifier, mais que l’on puisse admirer d’une certaine façon.

Et aujourd’hui, je crois cette attente que j’ai en tant que lectrice est en train d’empiéter sur ma façon de concevoir mes personnages. Je suis en train de me limiter par ma propre vision de lectrice. Parce que d’une certaine manière, cette base du personnage imparfait, profond et parfois même différent est devenue un objectif, un but à atteindre. Aujourd’hui, je ne crée plus un personnage grâce à mon imaginaire, mais en me demandant ce qu’il devrait être.

Au même titre que les attentes de notre société par rapport à notre physique, notre façon de vivre et de penser, cette base de personnage est devenue un complexe. Parce que je ne peux pas m’empêcher de regarder tous mes personnages et de me demander ce que les lecteurs verront en eux. Je me demande s’ils penseront qu’ils ne sont pas assez nuancés. Je suis terrifiée à l’idée qu’on me dise qu’ils sont beaucoup parfaits, à l’image d’une Mary-sue, qui  montrerait comme une évidence mon échec en tant qu’écrivain. C’est étrange de dire ça et je suis consciente que tout le monde n’aura pas la même vision des choses, c’est peut-être très personnel. Mais à l’image de la personne parfaite en société, les personnages imparfaits que l’on attend tous établissent une base standard qui devient l’un de mes complexes.

Pour vous exprimer un peu mieux mon propos, je vais parler de féminisme. Aujourd’hui, le féminisme permet de montrer que les femmes ne sont pas inférieures aux hommes, qu’elles ont une force au même titre qu’eux et qu’elles peuvent accomplir tout ce qu’elles veulent. Et ce sont des principes auxquels je crois profondément. Et pourtant, je suis terrifiée à l’idée qu’on me dise que mes personnages féminins sont à l’opposé d’un personnage féministe. Je ne veux pas forcément qu’elles défendent leurs droits. Les mondes que je crée n’ont pas les mêmes a priori que notre société, mais je ne veux pas qu’elles soient « mal-comprises ». C’est comme si elles devaient être fortes peu importe la situation, qu’elles devaient forcément être indépendante. Et si j’ai le malheur de dire qu’elles sont belles, c’est comme si elles ne pouvaient pas être autre chose et qu’on ne voyait plus que cela d’elles-mêmes.

J’ai peur que mes propres personnages ne reflètent pas ce en quoi je crois et qu’on finisse par penser que je ne crée que des clichés. Alors je travaille sur mes personnages en permanence, en me demandant chaque seconde ce que les lecteurs vont bien penser d’eux. Et c’est épuisant. Parce que je ne m’autorise pas à faire des erreurs, ni même à ce qu’ils soient ce qu’ils ont toujours été dans mon imaginaire. À trop vouloir coller à ce standard de personnages imparfaits, je finis par être effrayée à l’idée qu’ils n’aient pas un défaut. C’est fou quand même !

Je pense que si on regardait les personnages en terme de profondeur au lieu d’une nuance entre leurs défauts et de leurs qualités, on serait un peu plus tranquille avec eux et la façon dont ils peuvent être perçus. Une femme dépendante de quelqu’un, pour n’importe quelle raison, est-elle pour autant faible ? Au même titre qu’un personnage qui ne pleure pas, est-il forcément fort ? Est-ce qu’une personne particulièrement belle doit être intéressante pour seulement cette raison et est-ce que sa beauté exclura le reste aux yeux du monde ? Comme si, parce qu’elle est belle, elle ne peut pas être tout un tas d’autre chose. Je ne peux pas m’empêcher de décrire les femmes dont je parle comme étant belles. Cela ne veut jamais dire qu’elles n’ont pas de petites particularités physiques, qu’elles n’ont pas de « défauts », mais je les aime toutes dans leurs différences et je les trouve magnifiques. Elles m’inspirent et je les aime profondément et je crois que j’ai écrit tout cet article parce que je suis terrifiée à l’idée qu’on ne les comprenne pas, qu’on ne remarque pas leurs forces et toute leur profondeur. J’ai peur de ne pas réussir à retranscrire ce qu’elles sont dans mon imaginaire et qu’on finisse par se tromper et les prendre pour des personnages fades et sans saveur.

Ces derniers jours, je travaille sur la réécriture du Pacte du Magicien, qui, dans un sens, se passait plutôt bien jusqu’à ce que je commence à paniquer, à me dire que mes personnages devaient être parfaits dans leur imperfection, que mon histoire soit parfaitement originale et intéressante. Et le mot n’est pas trop fort, j’ai vraiment paniqué au point de me demander comment je pourrais régler tous les problèmes que je voyais dans mon histoire. Et aujourd’hui, une petite étincelle est venue me réchauffer le cœur. Celle-là même qui me rappelle pourquoi j’aime écrire et pourquoi j’aime autant mes histoires. L’histoire du Pacte du Magicien ne sera jamais parfaite, tout comme ses personnages n’auront peut-être jamais la profondeur que je leur souhaite, mais tout ce à quoi je peux me raccrocher aujourd’hui c’est l’amour que j’ai pour eux. Ma sincérité et mon attachement sont tout ce qui me permet de croire en eux.

Je suis terrifiée à l’idée de ce qu’on pourra penser, j’ai peur qu’on ne comprenne jamais ce que j’ai voulu écrire, ni montrer, mais aujourd’hui j’ai réussi à me souvenir que je ne les aimais pas pour rien. Je les aime pour ce qu’ils sont, même s’ils ne sont pas les plus grands personnages écrits dans la littérature. Ils m’inspirent et m’aident chaque jour à croire en ce que je fais et peut-être que pour tout ce qu’ils m’apportent, ils devaient être écrits. Peut-être que c’est suffisant et que c’est leur unique raison d’exister.

Je me rends compte que cet article parle davantage de mon insécurité en tant qu’écrivaine plutôt que de l’image que l’on a des personnages à notre époque. Et en même temps, les deux sont tellement liés dans ces doutes qui sont les miens que j’ai peut-être réussi à aller au bout de ma pensée. Parce que finalement, je réalise que ce dont j’ai le plus peur, c’est d’être incomprise dans mon écriture. Donner l’impression que je n’ai pas assez travaillé et que je ne sais pas créer de personnages, tout comme je ne sais pas raconter d’histoires.

Que je me tourne vers l’auto-édition à nouveau ou que j’envoie mon manuscrit, je me rapproche de la prochaine étape qui apportera toujours plus de visibilité à mes créations que ce dont elles ont droit grâce à ce blog. Et la peur à laquelle je fais face en ce moment me demande beaucoup de courage, parce que ces romans sont tout ce en quoi je crois et qu’ils ont tous une part de moi-même. Les confronter au monde, c’est me montrer un peu plus. Chose contre laquelle, étant dans ma chambre derrière un clavier et introvertie au possible, j’ai peur de ne pas avoir assez de courage. Et je ne sais pas dans quelle mesure je vais réussir à avancer, à dépasser mes peurs, mais pour la jeune fille de huit ans dont c’est le rêve d’une vie, pour cette enfant que j’étais, je ne peux faire autrement que d’avancer, même si cela me demande de rencontrer mes peurs en chemin.

Je ne peux que vous souhaiter de trouver une source de courage assez puissante pour vous aider à réaliser vos rêves les plus chers. Pourquoi existerions-nous si ce n’est pas pour eux ?

Que votre journée soit douce et belle,

Bannière Caroline Dubois

{Images : Pixabay}

Ce que j’aime vivre lors de l’écriture | Partie 2

Bonjour à tous !

Sans plus attendre, voici la suite du dernier article ! Je vous parlais la semaine dernière des personnages qui se révélaient d’eux-mêmes et des idées qui nous permettaient de dénouer un blocage dans notre roman, nous donnant encore plus envie d’avancer dans notre projet. Et pourtant, ces deux moments, aussi merveilleux soient-ils, sont loin d’être les seuls ; d’autres tout aussi intéressants nous montrent soudain pourquoi nous aimons tant écrire.

Les derniers moments que je vous ai partagé étaient liés à l’histoire même ou à ses personnages, mais il y a un moment particulier, lié à l’écriture même : quand  une phrase magnifique (ou dans mon langage : une phrase qui claque !) surgit de façon naturelle et spontanée. Je dois avouer que si je peux avoir une confiance aveugle en mes histoires, mes univers et mes personnages, mes plus grands doutes concernent mon écriture. Je n’ai jamais trouvé qu’en tant que telle, cette dernière valait quelque chose. Pendant longtemps cela a été une faiblesse qui m’a empêché d’écrire. J’avais la sensation que ce cela ne servait à rien, parce que je n’avais pas de style, parce que cela n’était pas particulièrement beau.

Cette période s’est étendue de mes dix ans à mes dix-sept ans. Je n’ai jamais été très confiante en mon écriture, jusqu’à ce que je lâche prise et que j’apprenne qu’un bon écrivain n’avait pas nécessairement les phrases les plus belles ; celles-ci pouvaient aussi être simples et servir le récit. Et pourtant, même si j’ai accepté de ne pas avoir une écriture à faire chavirer des cœurs, trouver une phrase magnifique en pleine écriture me fait sourire. Cela me renvoie à cette période où je n’avais pas assez confiance en moi pour écrire. Je me sens presque gênée et me demande parfois si ce n’est pas mon imagination qui me joue des tours (« peut-être que cette phrase n’est pas si belle finalement…»). Mais j’apprends à me faire confiance et à me dire que c’est quelque chose que je peux réussir. Aujourd’hui, je sais que c’est possible d’écrire une phrase surprenante, pleine de sens et de vérité avec peu de mots. Et quand cela m’arrive soudainement, je sens la confiance remontée.

Il y a les moments spontanés comme lorsque qu’une phrase surgit dans votre imagination, quand votre personnage se dévoile ou quand une idée jaillit pour vous sauver, mais il y a aussi ces moments que l’on attend au tournant. Je veux parler des meilleures scènes de nos romans. Cela n’arrive peut-être pas à ceux qui ne font pas de plan, sauf si vous avez une idée à propos d’une scène qui se déroulera bien plus tard dans votre roman. Peu importe. Il y a ces scènes qui s’annoncent à l’avance comme étant les meilleures de votre histoire. C’est le moment où un personnage fait une révélation, où jaillissent soudainement des ennemis et mettent en danger vos personnages. C’est le moment où un personnage important meurt ou bien encore quand un autre personnage fait sa grande entrée.

C’est le moment, celui que l’on ne veut rater pour rien au monde et que l’on attend depuis des chapitres entiers. Cela peut tout à fait se révéler une déception à l’écriture, parce qu’on peut aussi se mettre tellement de pression que cela va nous bloquer d’entrée de jeu, mais si ça ne bloque pas, alors c’est encore mieux que ce que l’on attendait. Ces instants d’écriture, je les chéris plus que tout et ils restent parfois une raison efficace de progresser ; je sais que si j’ai du mal à écrire, mais que je me rapproche à grands pas d’une scène importante, alors je trouve la force de me dépasser pour l’atteindre. Généralement, j’aime tellement ces scènes que je ne peux m’empêcher de les vivre et de les revivre des dizaines de fois dans mon imagination. Et plus je les imagine, plus j’ai de détails et des informations sur cette scène, si bien que lorsque c’est enfin le moment tant attendu, je me lance dans l’écriture et vis le moment intensément… Ce qui m’amène au dernier point.

Oublier le monde. Quand l’écriture procure les mêmes sensations qu’une lecture qui nous immerge dans l’imaginaire. Plus je travaille sur mes romans, plus les années passent et plus il m’est facile de plonger dans un univers et d’oublier ce qui m’entourent. Quand l’écriture devient autre chose qu’une action (taper des mots sur un clavier, réfléchir un instant à la suite), mais qu’elle se vit. C’est quelque chose d’intense, comme une invitation au voyage à portée de main. On ne se souvient même pas que l’on écrit, on ne se voit pas taper sur le clavier, on ne voit plus l’écran d’ordinateur, ni même les mots qui s’affichent, on n’entend plus les bruits autour de soi et le temps semble se suspendre rien que pour nous.


Que dire de ces instants si ce n’est que chaque personne au monde devrait l’avoir vécu au moins une fois. Pour être honnête, je trouve cela encore plus intense lorsque c’est notre propre écriture qui nous emmène loin et non pas l’écriture d’un autre. Dans un livre, il peut être facile de voyager et de se laisser porter, c’est un lâcher prise sur notre monde et on laisse les commandes à l’auteur. C’est comme une expiration, on s’abandonne à un nouvel univers.

Mais quand c’est nous qui écrivons, alors que la plupart du temps nous n’avons pas une grande confiance en nous, et que par la force des choses, par la passion qui nous anime et par le bonheur du moment, on se plonge dans notre histoire et on oublie tout… Cela ressemble davantage à une inspiration. Cela nous tire vers le haut, nous fait vivre des sensations incroyables. On ne s’abandonne pas dans ces cas-là, car on doit rester actif pour que l’écriture suivre notre imaginaire qui s’étend et prend plus de place. C’est une action, mais elle est tellement fluide et intense que cela peut s’apparenter à une fusion. Comme si l’espace d’instant, on ne faisait qu’un avec notre roman et que l’on pouvait continuer indéfiniment à écrire, parce qu’on a enfin compris comment transmettre ce que l’on a en tête. Et parfois on en vient à avoir peur de lâcher ce moment, parce qu’on a peur qu’il ne revienne plus jamais. Pourtant, c’est un cadeau d’écriture qui nous est offert à chaque occasion. Il n’en tient qu’à nous de nous laisser porter par cette vague.

Tous ces moments portent en eux une intensité rare. Ce sont des instants d’écriture parfaits. Pour moi, la perfection relève plus de la synchronicité* que de l’absence d’imperfections. Ces moments d’écriture viennent à point nommé, quand on en a le plus besoin. Parfois, lorsqu’on les a déjà vécus, mais qu’on se trouve dans une période de blocage, on peut en venir à les désirer plus que tout, parce que ça serait comme une confirmation de notre écriture, comme un message nous indiquant que nous sommes bel et bien sur le bon chemin. Ce sont des moments privés, entre notre roman et nous, et ils nous redonnent confiance. Ce n’est pas l’avis élogieux d’une personne, ni même son intérêt qui vont nous pousser à vouloir écrire plus encore et à terminer notre projet. C’est notre propre écriture, notre propre fusion avec notre roman qui nous permet de voir que l’on est capable d’écrire et d’aller jusqu’au bout.

L’écriture nous fait vivre des émotions, les plus belles comme les plus douloureuses. Et pourtant, rien que pour ces moments que je vous ai cités, je veux bien revivre un millier de fois les doutes, les peurs, les blocages et le désespoir, parce que quelque-part le souvenir de ces merveilleux moments me fait comprendre que je suis capable, que je suis faite pour ça. L’un de mes derniers articles décrivait les exigences de notre roman, mais je suis certaine qu’il nous offre ces moments en retour de tout ce qu’on lui apporte.

Bonne journée à vous !

Bannière Caroline Dubois


{Images : Snappa}
*La synchronicité est l’occurrence simultanée d’au moins deux événements qui ne présentent pas de lien de causalité, mais dont l’association prend un sens pour la personne qui les perçoit. Source