Le premier jet

Bonjour tout le monde !

Ces dernières semaines, je profite de l’été et du calme ambiant pour revoir ma perception de l’écriture et mieux comprendre ce qui me convient. Comme on le sait, on peut bien lire les conseils de différents auteurs publiés et ils n’auront de toute façon pas la même manière d’écrire, ni d’interpréter l’écriture. Et même si j’avance doucement sur ce chemin, j’essaye encore de me débarrasser de l’idée que je me fais de l’écriture pour mieux comprendre ce que j’aime vraiment. Il n’y a pas qu’une façon de réussir et il suffit simplement de trouver la sienne.

Toujours est-il qu’aujourd’hui je vais vous parler d’une forme de réussite, celle de terminer un premier jet. Je ne sais pas pourquoi, mais même avec les années qui passent et mon expérience qui grandit, je suis toujours terrifiée par les premiers jets. Premier jet, première version, brouillon, appelez ce tout premier écrit de votre roman comme vous le voulez, puisque ça ne change rien à cette étape importante. C’est l’étape qui matérialise vos idées, qui donne vie à vos romans et chez moi, c’est l’étape la plus effrayante.

1

Je ne sais pas où je suis allée chercher l’idée que si mon premier jet n’était pas parfait, alors je n’avais pas de talent. Je crois que je vous en ai déjà parlé sur ce blog, mais difficile de retrouver une phrase quand on a près de trois cents articles ! Mais on peut dire que cette peur ne date pas d’hier. En vérité, je crois qu’elle date de l’écriture de Pandore.

Avant de décider de me dévouer à l’écriture, d’écrire peu importe si j’en faisais mon métier ou non, j’écrivais quand même, mais cette pression n’existait pas. Bon, j’avais bien une autre peur qui consistait à ne jamais terminer un roman et on peut dire que ça n’a jamais vraiment disparu. Je me suis juste réconciliée avec cette peur. Je sais qu’elle est là, je lui laisse une petite place à côté de moi si elle a envie d’exister, mais comme disait Elizabeth Gilbert dans son roman Comme par magie, on lui laisse une place mais elle ne doit prendre aucune décision.

Disons donc que je n’ai pas encore réussi à faire la paix avec la « peur d’écrire un premier jet imparfait ». Depuis Pandore, depuis que je me suis « engagée » à publier mes romans un jour, je ressens beaucoup plus la pression du regard extérieur. Puisque c’est un peu de cela dont il s’agit. Je pouvais toujours écrire mal et abandonner mes romans quand j’étais petite ou adolescente, personne n’était là pour me juger puisque personne n’était au courant. Non, après que j’ai commencé à faire lire mes romans, je m’en suis voulu de ne pas pouvoir offrir quelque chose de parfait aux lecteurs. Et tant qu’à faire, parfait du premier coup !

2

En écrivant ces mots, ne vous détrompez pas, j’ai bien conscience de l’idiotie de mes propos, mais qui a dit que les peurs étaient intelligentes ? Tant qu’on n’est pas en danger de mort, la peur n’est pas si utile que cela. Et pourtant elle se déclenche — pour le coup, chez moi, elle a toute sa liberté d’expression et n’hésite pas à se prononcer dès que je sors de ma zone de confort. Mais je m’égare. Ce que je veux partager avec vous aujourd’hui, c’est que pendant des années j’ai eu peur de rater et lors de ces dernières semaines j’ai appris à me moquer de ce que j’écrivais.

J’ai commencé à écrire une histoire qui n’avait aucune valeur, et bien sûr, puisqu’elle n’avait pas d’importance, j’ai réussi jusqu’ici à en écrire des pages et des pages. L’inspiration ici n’est pas bloquée puisque je la laisse s’exprimer comme elle le souhaite. Je ne dis pas que cela ne m’a pas fait grincer des dents. Parfois je trouvais mon écriture tordue, d’autres fois sans saveur, mais en même temps, j’étais en train d’écrire un roman qui n’avait pas d’importance et qui ne sera jamais lu (croyez-moi, personne ne mettra la main dessus !). La façon dont je pouvais écrire ce roman importait peu et si, en plein milieu, j’écrivais un paragraphe pourri, alors ça ne changeait rien. Et écrire de cette façon est vraiment libérateur !

Mon seul souci, c’est d’arriver à écrire les romans qui ont le plus de valeur pour moi. Parce qu’il est là le vrai problème. Ces romans sont tellement importants à mes yeux que si j’écris un paragraphe nul et que je continue, j’ai l’impression de les trahir. J’ai l’impression d’échouer, de ne pas rendre justice à l’histoire que j’ai en tête. Et pour être honnête, c’est ce qui me bloque à chaque fois, parce que j’accorde beaucoup trop d’importance à mon écriture lors du premier jet.

3

Et pourtant. Et pourtant je me suis rendu compte d’une chose très importante et qui a changé ma perception du premier jet.

Le premier jet est et restera à jamais la pire version de votre roman.

Vous pouvez le tourner dans tous les sens, puisque vous allez réécrire de toute façon, le premier jet restera la pire version de votre roman. Et c’est à la réécriture que la vraie magie opérera. Même en écrivant régulièrement, on garde cette image en tête de l’écrivain qui écrit, mais pas de celui qui réécrit. On ne dit pas réécrivain après tout. Et pourtant c’est ce que nous sommes, tour à tour écrivain et réécrivain. On passera plus de temps à réécrire nos romans qu’à les écrire. Donc finalement, quelle importance ? Quelle importance que ce premier jet ait de terribles erreurs, qu’il soit mal écrit, qu’il y ait carrément des paragraphes à jeter, puisque de toute façon, ce ne sera jamais votre version finale ?

Vous avez besoin d’écrire ce premier jet autant que moi, puisque c’est ce qui va donner vie à votre roman. C’est la merveilleuse manière grâce à laquelle vous allez matérialiser avec des mots ce qui se passe dans votre tête. Et ce qu’il y a d’encore plus magique c’est que ces mots créeront à eux seuls une image dans la tête du lecteur. L’écriture, c’est de la magie et chaque nouveau roman est un nouveau sortilège. Et on ne réussit jamais ces sortilèges du premier coup, c’est bien connu !

4

Vous n’avez pas besoin de réussir ce premier jet, vous avez besoin de le terminer. C’est l’unique but que vous devez avoir lorsque vous en êtes au premier jet. Terminer votre roman, de façon à ce que vous ayez un début, un milieu et une fin. Ça ne veut pas dire que vous devez l’écrire n’importe comment pour autant. Faites de votre mieux, toujours, mais ne donnez aucune importance à ce qui est nul. Ce qui est à modifier, à jeter, à reprendre et à effacer, tout ça n’est pas important. Ça ne veut pas dire que votre histoire ne l’est pas, mais que votre écriture l’est.

Sur ce premier jet, et pour tous vos futurs projets, votre écriture n’a pas d’importance. Concentrez-vous sur la construction de votre histoire, sur comment vous faites évoluer vos personnages. Ne vous concentrez pas sur la forme, mais sur le fond. Et ce, puisque l’écriture aura de l’importance lors des prochaines versions. Vous avez seulement besoin de donner vie à votre histoire, de lui permettre d’exister et je vous promets que votre roman ne fera que s’améliorer. Et il sera loin d’être un échec.

Écrivez, c’est tout.

Je vous souhaite un bon été !

Bannière Caroline Dubois

{Image : Pixabay}

P.S. : Eh oui, comme une envie d’agrumes pour cet été !

Le Pacte du Magicien est terminé !

Bonjour à tous !

C’est avec un plaisir immense que je vous annonce que j’ai terminé la première version du premier tome du Pacte du Magicien ! C’est un grand pas dans l’univers de cette série qui sera composée à minima de quatre tomes. Difficile pour moi à l’instant de trouver les mots, car je baigne dans une euphorie et un grand soulagement, mais je voulais vous partager ce moment, parce que c’est une étape merveilleuse dont je ne me lasserai jamais.

Terminer un roman, c’est d’abord un plaisir, parce qu’on est venu à bout de toute une histoire qu’on avait en tête, faisant de notre mieux pour présenter des personnages et les faire évoluer. Ensuite, c’est un soulagement, tout autant qu’une fierté, de savoir que le roman est là même si imparfait, mais qu’il est terminé et que tous ces jours où écrire étaient plus difficile, où l’inspiration n’était pas là, sont enfin derrière moi pour un temps. J’ai réussi à écrire et à dépasser cette peur qui m’était revenu il y a peu, quant à savoir si j’étais à nouveau capable de terminer un roman.

Écrire le mot « Fin » (ou dans mon cas À suivre…) est aussi libérateur, car même si je suis attachée à mes personnages, terminer un livre me permettra de poursuivre mes autres projets et de pouvoir quitter l’espace de quelques mois l’univers de cette série. Aujourd’hui, le Pacte du Magicien se termine en beauté avec un peu plus de 110 000 mots à son compteur, découpé en 20 chapitres. Je savais dès ce matin que je conclurais ce roman dans la journée, même si le défi était de taille. Il me fallait écrire un peu moins de deux chapitres entiers, ce qui représente quelque chose comme 8000 mots, soit un peu moins de trois jours d’écriture, mais j’étais déterminée à le faire. Je me suis octroyée de nombreuses pauses, me donnant la liberté d’aller à mon rythme pour me permettre de réaliser ce défi et c’est ce que j’ai fait.

J’ai adoré cette expérience, cette histoire, parce que si elle diffère un peu de ce que je peux écrire habituellement, elle m’a changé les idées, m’a permis de renouer avec l’écriture d’une grande façon. Je sais maintenant que je suis capable d’écrire tous les jours, sans objectif particulier, mais seulement en donnant une chance à mon histoire de progresser. J’ai commencé l’écriture du Pacte du Magicien au tout début du mois de juillet et nous nous retrouvons en août, avec tant de mots écrits, sans que cela est été une véritable difficulté.

J’ai un plus grand souvenir de ce qu’a été l’été 2015, lorsque j’ai écrit une grande partie de La Voix d’Origine et je me souviens de combien c’était difficile. J’arrêtais pendant quelques jours, j’écrivais très peu parfois. Alors que cette écriture, cet été, s’est révélée beaucoup plus facile. Je me faisais confiance, je suivais mon instinct et j’ai seulement suivi mon envie d’avancer dans l’histoire, de faire vivre ses personnages et de terminer ce premier tome de ma toute première série de livres.

Je n’ai pas envie de lâcher cette motivation aujourd’hui, je n’ai pas envie qu’elle me quitte et je sais que je dois garder les pieds dans mes histoires, quoi qu’il arrive. Parfois, quand je n’avais pas d’inspiration, je me demandais alors d’écrire seulement une phrase. Je me suis tout simplement demandée de ne pas abandonner avant d’avoir essayé, parce que finalement, c’est ce que je faisais tout le temps. J’arrivais devant mon ordinateur, je sentais que l’inspiration était absente et je ne cherchais pas à faire quelque chose, à me mettre dans l’action. Et l’action d’écrire s’est révélée inspirante ces dernières semaines, parce que c’est cette action qui m’a permis d’avancer et d’écrire parfois plus que mon quota de mots habituels, alors même que j’avais mal démarré la journée. Mais plus que tout, si j’ai besoin de garder cette motivation, j’ai envie d’appliquer cette expérience à La Voix d’Origine.

Comme vous le savez probablement si vous me suiviez il y a quelques mois, La Voix d’Origine me pose quelques problèmes depuis que j’ai lancé sa réécriture totale. Depuis que l’on m’a dit que mon écriture avait un problème, je me suis bloquée et j’ai vite perdu possession de mes moyens. La confiance en mon écriture revenait parfois, mais repartait aussi vite. Je n’ai pas écrit d’une telle façon comme j’ai pu le faire sur le Pacte du Magicien depuis des mois et cela a été aussi libérateur.

En plus de savoir que je vais pouvoir me lancer à nouveau dans La Voix d’Origine sans mes anciennes peurs, j’arrive avec un nouveau bagage acquis ces derniers mois. Quelques révélations, des idées, mais surtout une pensée qui m’apporte une grande sérénité et que je vais m’empresser de vous partager. Ce n’est pas une sorte de citation qui pourrait être inspirante pour vous, je le crains, ça m’a libéré d’une pression que je m’étais posée sur les épaules lorsque j’ai appris que mon écriture dans ce roman pouvait être un problème. J’avais donc décidé de tout réécrire, de prendre une page blanche et de laisser venir d’autres mots. Mais quoi de plus paralysant de revenir à la case départ alors que tout un roman existe, peut-être imparfait, mais bien vivant.

Ce que j’ai pu apprendre ces derniers mois m’a permis de comprendre que je pouvais retravailler mon écriture, que c’était un défi très réalisable, mais plus concret que celui de tout réécrire. Je sais à quelle tâche ardue je m’attaque, parce que depuis j’ai eu de nombreuses idées qui chambouleront beaucoup le matériaux principal, mais je sais où je m’en vais. Je ne suis peut-être pas dénuée de peurs, mais mon chemin est éclairé et je peux avancer. J’ai accepté mes peurs grâce à l’excellent livre dont je vous ai parlé sur Instagram : Comme par magie d’Elizabeth Gilbert. (Par ailleurs, en ce moment, je suis entourée d’auteures se nommant Elizabeth, des femmes qui m’inspirent vraiment. Ça m’encourage à avancer, sans trop savoir pourquoi).

Ce livre m’a permis d’accepter que La Voix d’Origine n’allait peut-être pas être parfait, que des gens trouveront à redire de toute façon, mais que je ne devais pas me limiter, ni même empêcher cette histoire de vivre au grand jour parce que j’ai ces peurs-là. Je crois que je suis prête à réécrire, à décortiquer mon histoire, à reprendre mes notes, à travailler mes personnages et à réécrire des scènes en entier s’il le faut, mais je peux reprendre ce qui existe et le perfectionner. Je vais essayer de polir mon roman pour lui donner un nouvel éclat. Je dois avoir assez confiance en moi pour croire que j’ai assez de talent pour faire disparaitre les lourdeurs d’écriture.

En ce jour, je suis remplie de bonheur, de soulagement par la fin du premier tome du Pacte du Magicien, mais je suis aussi animée par l’espoir des jours à venir et du travail sur La Voix d’Origine qui s’annonce. Ce livre arrivera dans vos mains un jour, je l’espère de tout mon cœur et je vais faire de mon mieux pour que cela se réalise.

Je vous souhaite une bonne journée !

Bannière Caroline Dubois

{Images : Snappa}